La Palabra del agua
 
  La musique a-t-elle le pouvoir d’abattre les murs d’une prison ? C’est avec cette question en tête que les réalisateurs du film documentaire se sont rendus dans cinq prisons de la ville de Mexico et y ont rencontré des prisonniers musiciens. Qu’ils jouent du rock, du rap, des rancheras, de la salsa, tous parlent de leur quotidien : la corruption de tous les échelles de la prison, la surpopulation carcérale, l’hygiène déplorable, etc. Le livre, enrichi de nombreuses photographies originales, éclaire le film sous un jour nouveau. En suivant le parcours de ces prisonniers, en racontant leurs histoires et leur manière de survivre au jour le jour, Du braquage au violon, nous offre des éléments essentiels pour comprendre comment la vie en prison s’organise et vient ébranler de fait notre conception de l’enfermement, là-bas comme ici.



Du braquage au violon Mexico. Cinq prisons. Quand la musique abat les murs.
De Juan Felipe et Samuel Guzmán Cuevas

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Anna Touati


20 € TTC – 14,5 x 19 cm – 128 p.

ISBN : 979-10-90507-074

 

Coll. « À l’ombre du maguey »

Disponible depuis le 14 février 2014.

 
 

 

Les auteurs

 

CMDE : Comment et pourquoi avez-vous créé la maison de production En la línea ?

En la línea : Nous avons créé En la línea en 2006, juste après avoir suivi le parcours de l'Autre Campagne, à l'initiative de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), qui a eu lieu du 1er janvier au 3 mai 2006. Nous l'avons filmé pour les archives historiques de l'université autonome de Mexico, campus Xochimilco (UAM-X). Par la suite, nous avons décidé d'entreprendre un projet indépendant et éloigné des débouchés classiques en audiovisuel. Nous refusons de travailler dans un média de masse ou une entreprise publicitaire, soumis à un patron. À l'origine, nous sommes trois frères, tous titulaires d'une licence en communication sociale obtenue à l'UAM-X. À partir de ce que nous avions étudié, nous n'avons envisagé qu'une seule voie pour réaliser nos propres projets : la création d'une structure autogérée.

 

Comment organisez-vous le travail dans la structure ?

Nous parlerons seulement de notre activité concernant le film documentaire. Nous travaillons de façon à ce que chaque membre de la maison de production se sente libre de proposer les projets qui l'intéressent, et qui soient susceptibles d'intéresser tout le monde. Nous discutons ensemble du sens du projet, de la manière dont nous le réaliserons, du lieu de réalisation, etc. Nous entamons une recherche en collectant du matériel bibliographique, journalistique et vidéo. Nous échangeons sur la manière dont nous envisageons l'image, le son, et tous les éléments du discours audiovisuel afin de définir les lignes à suivre. Chacun prend en charge un domaine en fonction de ses goûts et de son savoir-faire. Nous nous réunissons de façon hebdomadaire pour analyser les avancées et discuter des projets en cours. Pour nous, il ne doit pas y avoir de hiérarchie stricte et verticale pour faire fonctionner une structure. Aucun membre ne doit avoir plus de pouvoir qu'un autre dans la chaîne qui existe au sein de toute maison de production. Nous apprenons tous les uns des autres car nous réalisons des tâches très diverses : une personne se charge de la caméra, une autre du son, du montage, etc. Nous tournons sur toutes ces tâches, c'est parfois compliqué mais c'est le fonctionnement que nous essayons d'adopter.

 

Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?

À moyen terme, nous aimerions pouvoir vivre de notre travail, et continuer à faire ce que l'on aime. Nous cherchons des alternatives. Depuis trois ans, nous animons des ateliers vidéo dans des quartiers populaires et semi-ruraux de Mexico, et ça porte ses fruits. Nous accompagnons les participants dans la création collective d'un documentaire sur la mémoire de leur quartier. Ses transformations, liées à l'explosion urbaine, affectent les ressources, les modes de vie des habitants, la pratique de l'agriculture, les fêtes, etc. Nous intervenons sur l'ensemble des étapes : les entretiens, la construction du scénario, la photographie, la caméra, puis la postproduction. À long terme, c'est difficile à dire. Nous aimerions que ça aille mieux, et poursuivre le travail digne que nous avons créé et pour lequel nous avons lutté. Pourquoi choisir un documentaire et non pas une fiction pour raconter une histoire ? Le documentaire fait intervenir d'autres types de négociations avec ce que l'on pourrait appeler « la réalité ». Le documentaire peut changer notre vie et notre façon de la concevoir, dans le présent ou dans l'histoire. C'est une forme qui nous met au contact d'autres réalités, d'autres sensibilités, avec différentes manières de voir et d'appréhender la vie. On essaye de comprendre l'autre, et comprendre l'autre fait surgir en nous des changements. La fiction met en œuvre un autre type de traitement de la réalité. Il existe des fictions si réussies qu'elles peuvent aussi modifier, en tant que spectateur, notre manière de comprendre l'autre. Mais en tant que réalisateur, ces négociations avec la réalité se terminent dès que l'on a fini de réaliser le film, de le voir ; ce contact prend fin dès lors que le film est projeté. Dans le documentaire, en plus de comprendre l'autre, on s'engage vis-à-vis de ses personnages. Il doit y avoir une réciprocité avec ceux qui nous prêtent leur histoire de vie. C'est pour cela que le documentaire représente pour nous quelque chose de plus important à l'heure actuelle.

 
 

 
Couverture Du braquage au violon

 

Le film

Du braquage au violon (Música para después de un asalto)

Un film réalisé par Juan Felipe et Samuel Guzmán Cuevas
Production En La Linea, Mexique, 2011
Durée : 83 minutes
Langue : espagnol
Sous-titres : français

 

Le film nous plonge dans l'univers carcéral mexicain par le biais de la création musicale des détenus dans cinq prisons de Mexico. Il nous montre comment les prisonniers composent, donnent des cours, jouent d’un instrument dans un milieu où règnent l’absence d’intimité, la corruption et la violence. La musique est au cœur de leur vie : elle joue un rôle central dans leur réclusion et leur quête perpétuelle de liberté, et leur permet de gagner quelques pesos pour subsister. Qu’ils jouent du rock, du rap, des rancheras, de la salsa, tous ces genres de musique composés en prison sont le fruit du langage canero, cet argot carcéral qui témoigne de la dureté du quotidien des enfermés. Du braquage au violon. Une des bandes originales des prisons mexicaines.

 
 
Le livre

Un panoramique sur la question
Texte et photos de Juan Felipe Guzmán Cuevas

Écrit par un des co-réalisateurs, le livre est un prolongement du documentaire. Il permet d’approfondir et d’éclaircir certains axes du film. Il est composé de chapitres présentant : un entretien avec les réalisateurs ; un aperçu historique des prisons au Mexique ; une réflexion sur les espaces carcéraux, conçus comme des « dedans » et des « dehors » ; une analyse du langage canero ou argot carcéral ; des témoignages de détenus sur leur quotidien et le rôle de la musique ; enfin, des récits de vie de prisonniers.

Cette démarche d’édition originale – l’auteur étant à la fois celui du documentaire et du livre – est une manière de restituer tout le travail de réflexion et de recherche dont est issu le documentaire. Il est enrichi de nombreuses photos originales prises au cours du tournage.
 
 

 
On en parle…

Radio
Émission « L'envolée » sur Canal Sud (mars 2014)

Émission « Bruits de tôles » sur Canal Sud (06/12/2013)
Écouter l'émission

Presse
L'Autre musique (05/2014) : extraits
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Micmag.net (26/03/2014) : « Nous, nous pensons qu’il y a une politique d’Etat qui vise à emprisonner les jeunes »
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Blog Cinelatino sur Médiapart (23/03/2014) : Du braquage au violon : « la musique, une thérapie qui calme les fauves en furie »
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